Galerie C
Galerie C
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EXPO

Luc Andrié, Philippe Cognée, Jonathan Delachaux, Alain Huch, Matthieu Gafsou, Catherine Gfeller, Niklaus Manuel Güdel, Yannick Lambelet, Elisabeth Llach, Mingjun Luo, Yann Mingard, Guy Oberson, Olivia Pedroli, Léopold Rabus, Augustin Rebetez, Til Rabus, Cosimo Terlizzi et Sébastien Verdon

Au-delà de la simple démonstration de virtuosité de Maximilien de Meuron, plusieurs strates de signification en jeu dans ce tableau trouvent un écho intéressant avec les perspectives et les problématiques des temps présents. La topographie réelle de l’île Saint-Pierre continue par exemple à imprégner nos mémoires au-delà des siècles. La réinterprétation peinte s’impose à la fois familière, digne héritière de l’imitatio rendant hommage au lieu vécu, mais aussi onirique et édénique, laissant une grande marge à l’inventio du peintre héritier de la sensibilité romantique face à la nature vierge. Cette oscillation entre éloge d’un lieu identifiable et traduction fantasmée d’une harmonie mythique apparaît comme l’essence-même des enjeux de la création artistique. La véritable immersion dans le paysage local, diffusée et conditionnée par l’essor de l’école artistique helvétique au XIXème siècle, s’impose jusqu’à nos jours comme un élément d’identification et d’appartenance culturelle prépondérant. Comme l’illustre l’art de Maximilien de Meuron, cette appropriation commune de l’espace s’incarne tout particulièrement dans le couple tutélaire des sommets enneigés et des lacs miroitants. Cette vision chimérique transporte le mirage d’un monde utopique, isolé et préservé, qui nous porte à méditer sur nos aspirations actuelles. Quels songes et quelles rêveries poétisent encore le quotidien contemporain ? Plus qu’un détachement éthéré ou une solitude retirée, les espoirs semblent plutôt se porter sur une volonté tenace de sensibiliser et d’améliorer le monde alentour. Cette inscription active dans les réflexions et les débats collectifs trouve tout naturellement une expression privilégiée dans le champ de la création esthétique. L’artiste se fait ainsi non seulement témoin mais surtout acteur, non dans un idéal fantasmée, mais dans un environnement qu’il compte bien influencer. Cependant, même au cœur de notre environnement banalisé, la nécessité d’une évasion onirique persiste et se cristallise, pour nous observateurs, dans la contemplation de cet imaginaire artistique, en création constante. L’ancrage et l’attachement au patrimoine naturel régional trouvent par exemple des résonances dans la prise de conscience écologique dont les artistes actuels se font largement les hérauts. A ce microcosme local se juxtapose également, pour Jean-Jacques Rousseau comme pour Maximilien de Meuron, l’inscription dans un large réseau d’influences se déployant dans le temps et dans l’espace au diapason d’une culture européenne féconde. Ces deux artistes ont été forcés de voyager, de s’exiler pour rechercher protection ou reconnaissance au-delà de leurs origines. Ces départs évoquent la mobilité croissante des artistes, se déplaçant au gré des formations, des expositions et des manifestations dans le cadre d’une culture mondialisée. Plus globalement, la thématique de la traversée trouve un éclairage saisissant dans un contexte paradoxal qui s’internationalise, notamment dans le monde de l’art où les relations se resserrent, et qui se déchire dans le même temps, saturant les chemins de l’exil. 

L’île Saint-Pierre apparaît donc comme un véritable creuset plurivoque, appelant encore de multiples déclinaisons et assimilations personnelles. C’est précisément ce que les cimaises de la Galerie C vous invitent à découvrir à partir du 15 septembre 2016 et jusqu’au 5 novembre 2016, lorsque les nombreux artistes auront terminé les œuvres qui resteront jusque-là insoupçonnées …