Galerie C
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Et les chimères se dévoilent à l'ombre d'une étoile
19.09-26.10.19

Nicolas Darrot, Christian Gonzenbach, Lionel Sabatté

Alors que le temps de la nouvelle et 8ème saison est venu, la Galerie C vous invite à entendre les chimères, à prêter l’oreille et à percevoir le réel au coeur d’un règne vivant et hybride.

Nicolas Darrot, Christian Gonzenbach et Lionel Sabatté sont réunis afin d’interroger notre regard sur la composition d’un monde que nous sommes habitué.e.s à arpenter au grand jour. Tous participent à sonder ce qui se loge dans l’ombre de l’incertitude et à y déceler des récits que nous avons en commun, mais donnés comme invisibles de par leur précarité.

L’imprédictibilité morcelée à laquelle est associée notre condition actuelle (1) nourrit des possibilités infinies de façonner un imaginaire poétique. Nicolas Darrot nous enjoint à intégrer un espace complexe de temporalités à la fois poreuses et infinies. Au travers de figures inspirées de l’humain, et par l’utilisation de motifs récurrents dans l’histoire, l’artiste suggère une partition inédite du vivant : il se crée une circulation entre différents rapports d’échelle, un entre-deux dont la particularité est d’avoir sa propre validité d’existence. Nous sommes conviés à éprouver une complexité organique qui naît des interstices et qui laisse s’établir une façon d’être au monde en clair-obscur.

C’est dans ce même état d’exploration du réel que Christian Gonzenbach opère une sédimentation d’un cosmos en passe d’expirer sous la forme que nous lui connaissons. Collectionneur d’ostéologie, Christian Gonzenbach use de techniques et d’outils, élabore un processus, fouille les attributs de la matière. Ainsi, les ossements, les crânes, sont moins des vestiges, que la charpente d’un langage plastique élaboré au gré de la cire, de l’argile et encore du bronze. Tentative de narrer les rouages d’une dystopie de l’extinction ? Ou volonté de cartographier l’empreinte du matériau comme un vocabulaire, comme une dramaturgie prolifère ? émergeant de la métamorphose des mondes en chantier, les entités hybrides qui forment le mausolée de Christian Gonzenbach nous enjoignent, à saisir leurs capacités à signifier, « à écouter ce qui ne parle pas et pourtant signifie, (…) ce qui n’entend pas, peut-être même n’existe pas, en tout cas pas comme nous. » (2)

« Je tiens simplement à ce que tu regardes autour de toi et prennes conscience de la tragédie. Et quelle est-elle la tragédie ? » (3) Les êtres polymorphes de Lionel Sabatté révèlent l’obscurité qui les a traversés, tels des suppliciés ils condensent l’empreinte d’une tragédie qui relate le commun, l’universel. Si elles résultent de la consumation, les oeuvres du plasticien français se logent dans une pensée de la survivance : « C’est toujours dans les moments d’extrême fragilité, d’extrêmes incertitudes et solitude que les images et les oeuvres sont nées avec le plus d’immédiateté et de poésie. » (4)

(1) Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde - Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris: éditions La Découverte, 2017, p.36.
(2) Marielle Macé, Nos cabanes, Lagrasse: éditions Verdier, 2019, p.102.
(3) Pierre Paolo Pasolini in Georges Didi-Huberman, « Survivance des lucioles », Paris: Les éditions de Minuit, 2009, p.25.
(4) Claudio Parmiggiani, Stella Sangue Spirito, Paris: Actes Sud, 2003, p.199.

Mercredi 02.10.19, 18h - Visite guidée de l'exposition "Et les chimères se dévoilent à l’ombre d’une étoile"

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