Galerie C
Neuchâtel
Paris
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Between Lunch and Something Else 31.01 - 28.02.2026

Eva Ayache-Vanderhorst,
Facundo Cerain Vázquez,
Sophia Rosenthal
 

Between Lunch and Something Else s’inspire du recueil Lunch Poems (1964) de Frank O’Hara, dans lequel le poète américain écrit des moments ordinaires de sa vie. Une pause déjeuner, une marche dans la ville, une pensée qui traverse l’esprit, une rencontre. Dans ce recueil, les poèmes ne cherchent pas à produire un sens unifié ni à transformer l’expérience en événement. Ils se construisent dans l’immédiateté, dans un temps pris sur la journée de travail, au milieu de la vie telle qu’elle se déroule. Ce qui importe n’est pas ce qui arrive, mais l’attention portée à ce qui se passe pendant, dans cet intervalle discret où la vie persiste et où quelque chose peut affleurer.

Cette manière d’habiter le temps, et d’entre-deux, traverse l’exposition et relie les pratiques d’Eva Ayache-Vanderhorst, de Facundo Cerain Vazquez et de Sophia Rosenthal. Le titre évoque un moment de transition, situé entre deux actions, deux états, deux temporalités. Un temps qui n’est ni productif ni conclusif, mais ouvert. Un temps ordinaire, fragile, fait de gestes simples et de présences parfois incertaines. Les œuvres réunies dans l’exposition s’inscrivent dans ce temps intermédiaire. Elles travaillent avec ce qui demeure instable, la mémoire au moment où elle se fragmente, le geste lorsqu’il ralentit, l’image lorsqu’elle n’est plus tout à fait reconnaissable.

Chez Eva Ayache-Vanderhorst, la peinture se construit à partir de ce qui subsiste lorsque la mémoire est fragilisée, menacée d’effacement. Son travail est traversé par des histoires postcoloniales liées à son héritage franco-algérien et hollandais, non comme un récit explicite, mais comme une présence diffuse. Les figures qui apparaissent dans ses œuvres échappent à toute assignation claire, ni genre, ni identité définie, mais plutôt comme des présences. Les images semblent délavées, surexposées, comme si la mémoire elle-même peinait à se maintenir.

L’artiste peint sur des draps anciens en lin, coton ou laine, chinés et déjà marqués par le passage des corps, par l’usage. Ces textiles deviennent ainsi partie intégrante de la narration, portant une mémoire silencieuse qui entre en dialogue avec le geste pictural. La dilution des pigments, l’effacement des contours ou la surexposition des images produisent des états liminaux, ancrés dans un présent ouvert, où le vide n’est pas une perte mais une condition de possibilité.

La pratique de Facundo Cerain Vazquez s’inscrit dans un temps de pause, de répétition et d’attention autour du textile et de la broderie. Oreillers, coussins, draps et porte-aiguilles portent déjà une histoire intime que l’artiste prolonge par son intervention. Souvent associée à la délicatesse, la broderie révèle ici son ambivalence, l’aiguille traverse le tissu, le perfore, laisse une trace qui évoque autant la blessure que le soin.

Dans Ritmo de floración, la fleur de la passion est brodée sur des oreillers, les motifs sont superposés, comme une manière d’accumuler et d’intensifier une forme de vibration. Ce travail long et minutieux, presque automatique, installe un rythme où la pensée se met en retrait. La fleur, originaire d’Amérique du Sud et connue pour ses propriétés médicinales liées au sommeil, trouve un écho direct dans le choix de son support.

San Sebastián prolonge cette exploration à travers des porte-aiguilles, où planter une aiguille dans une surface tendre devient un acte minimal et discret, et pourtant puissant. Ce geste exige une attention prolongée et des pauses, comme si l’aiguille elle-même trouvait un repos sur son coussin. Le titre de la série fait référence à Saint Sébastien, figure chrétienne du martyre, souvent représentée transpercée de flèches. L’artiste s’y intéresse en tant qu’icône queer, largement réappropriée, et cherche à en proposer une lecture non figurative, éloignée des représentations traditionnelles.

Chez Sophia Rosenthal la peinture prend naissance à partir de photographies issues de son enfance, parfois à peine regardées auparavant. Ces images servent de point de départ à un processus de recadrage et de transformation. À l’aide de ruban de masquage ou de papier, l’artiste isole une portion de l’image, créant le cadre même du tableau. Les premières couches sont réalisées en acrylique ou en aquarelle, produisant des effets fluides, presque aqueux, avant d’être recouvertes par des couches d’huile puis scellées. Ce travail aborde la mémoire comme un ensemble de fragments discontinus, des strates. En se concentrant sur une zone restreinte de l’image, l’artiste ouvre un espace d’imagination important.

Ayant grandi entre la Corée, les Philippines et le Royaume-Uni, elle considère la mémoire comme vacillante. Certaines histoires, notamment liées à la migration, n’ont jamais été enregistrées et cette absence devient constitutive du travail. Les figures, souvent floutées, cessent d’être des portraits pour devenir des supports de projection.

Réunies, les pratiques d’Eva Ayache-Vanderhorst, de Facundo Cerain Vazquez et de Sophia Rosenthal partagent une attention aux gestes discrets, aux matériaux vécu et aux temporalités non linéaires. Leurs œuvres prennent place dans un temps ordinaire, fait de pauses, de répétitions et de fragments, proche de celui que Frank O’Hara écrivait dans Lunch Poems. L’exposition se déploie ainsi dans un temps non spectaculaire, non monumental, un temps quotidien, fragile, attentif. Between Lunch and Something Else parle de gestes modestes, de souvenirs incomplets et de corps vulnérables. Il ne désigne pas un thème, mais une intervalle où rien n'est figé.

Exposition du 31.01 au 28.02.2026

Vernissage : Samedi 31 janvier 2025 à partir de 17h

Télécharger le dossier d’exposition : ici

Galerie C

6 rue Chapon

75003 Paris

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Exhibition from December 4th, 2025 to January 17th, 2026

Opening : Thursday, December 4th, 2025 from 5pm

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