“Hannah Becquante & Félix Taburet,
Nolwenn Brod
”
Le titre de l'exposition est emprunté au poème «Non chiederci la parola» d'Eugenio Montale, publié en 1925 dans Ossi di seppia. Montale y refuse l'idée d'une langue capable d'énoncer clairement ce que serait l'expérience humaine. Le poète ne promet ni révélation ni formule définitive, seulement quelques «syllabes tordues et sèches comme un rameau». La parole demeure partielle, fragile, incapable d'éclairer le monde de tous côtés. L'exposition prend appui sur cette position : non pas l'absence de langage, mais une attention portée à ce qui apparaît là où les mots ne suffisent plus.
Les œuvres de Hannah Becquante et Félix Taburet se développent dans un réseau de références où la poésie, la mythologie et l’histoire se rencontrent sans se fixer dans un récit unique. Leur pratique associe mosaïque et sculpture, dans un travail où la matière impose sa propre logique. La mosaïque, composée de tesselles et d’interstices, devient une forme d’écriture visuelle où l’image ne se donne jamais d’un seul bloc, mais se construit par fragments.
Todtnauberg Jänner prend pour point de départ le poème de Paul Celan écrit après sa visite à la cabane de Martin Heidegger dans la Forêt-Noire en 1967. L'œuvre présente une scène pastorale – une cabane, un paysage rural, des animaux réalisés à partir d'empreintes de jouets – qui pourrait évoquer une ferme croisée lors d'une promenade. Mais sous cette tranquillité apparente, d'autres dimensions affleurent. La cabane rappelle aussi un abattoir, les animaux renvoient autant à l'arche de Noé qu'au sacrifice. Ce qui demeure au centre de l'image, c'est l'espace laissé par une parole attendue qui ne fut jamais prononcée.
Dans Niemand, un squelette est accompagné de jambes qui semblent fuir, dans une image inspirée de William Blake représentant Adam et Ève découvrant le corps d'Abel tandis que Caïn s'échappe. La fuite peut être celle du meurtrier, mais elle peut aussi traduire l'impossibilité de regarder la mort en face. Au-dessus du squelette, une forme métallique pouvant rappeler les nuages de pensée des bandes dessinées ouvre l'espace de paroles impossibles à formuler.
La grande mosaïque Émondée, refleurie rassemble une multitude de figures autour d’une table. L’ensemble convoque l’imaginaire du festin dionysiaque, un moment de célébration, de perte de contrôle, d’intensité collective. Est-ce une fête ou un basculement ? Une scène de joie ou de folie ? La parole y devient incertaine, elle peut être dialogue, cri, ou simple débordement.
Avec L’Oreille profonde, un tuyau de pompier rempli de béton, un néon en forme de fleur et un visage de mannequin de secourisme composent une forme compacte et étrange. L' œvre pourrait évoquer à la fois la destruction d'un incendie et ce qui repousse après.
Les images de Nolwenn Brod prennent appui sur la notion du P.A.M.I : Préjudice d’Angoisse de Mort Imminente, qui désigne l’expérience d’une personne confrontée à la certitude immédiate de pouvoir mourir, avant même que l’événement ne survienne. Les photographies ne montrent pas la violence elle-même, elles s’attachent à ce qu’elle produit dans les corps et dans les paysages.
On y voit des fragments de corps et des matières minérales ou organiques, des arbres qui semblent se consumer, un corps allongé, les pieds d’un corps (sus)pendu, un lévrier à trois pattes. Un gros plan sur des testicules de taureau fait surgir une force biologique brute, presque anonyme, où le regard se perd dans la texture de la chair. Le corps étendu reprend la pose de L’Homme mort (1864) d’Édouard Manet, lui-même inspiré du Soldat mort (17e siècle) attribué à Diego Velázquez. Le corps n’y apparaît pas comme un héros mais comme une présence vulnérable, exposée. L'image d'une pierre volcanique, matière en fusion qui se fige, qui se solidifie sous la violence de la chaleur, convoque aussi les récits anciens où la métamorphose devient une échappée possible, comme Daphné se changeant en arbre pour fuir Apollo.
Les œuvres réunies ici n’avancent pas vers une conclusion. Elles procèdent par fragments, par matières et par images, laissant apparaître ce qui subsiste là où l’expérience dépasse la parole. C’est peut-être là que l’exposition rejoint Montale – ne pas promettre une parole capable de tout dire, mais laisser apparaître ce qui subsiste lorsque le mot manque.
Exposition du 14.03 au 25.04.2026
Vernissage : Samedi 14 mars 2026 à partir de 17h
Télécharger le dossier d’exposition : ici
Galerie C
6 rue Chapon
75003 Paris
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Exhibition from March 14th, 2026 to April 25th, 2026
Opening : Saturday, March 14th, 2026 from 5pm
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